Le dernier maréchal – ferrant de Ghzaouet ou la forge qui s’éteint.

Le dernier maréchal – ferrant de Ghazaouet ou la forge qui s’éteint.

        A l’entrée de la ville de Ghazaouet se tenait la boutique du dernier maréchal –ferrant. Austère et silencieuse, simple et parfois déserte. Au fond, une forge froide et presque éteinte. Elle ne souffle plus comme il y a trente ans. Sa cheminée fume timidement. Sa fumée blanchâtre ne se remarque même plus, sauf si on y prête attention. C’était  avant les années quatre vingt cinq. Maintenant, la forge s’est éteinte, tuée par l’évolution et la vie moderne, la motorisation et l’urbanisation .

        Autrefois le bruit  du marteau sur l’enclume annonçait l’activité première de cet atelier où se pressaient des paysans avec leurs montures : ânes, juments et baudets à ferrer.

 

     Dans cette salle basse au toit recouvert de tuiles sur lesquelles l’herbe poussait par endroits, sur la toiture même, l’odeur âcre du fer surchauffé et de la corne de sabots dominait.Le maréchal ferrant, Monsieur C,un homme chétif, aux petits yeux rieurs, quant à lui occupait l’espace en maître des lieux avec son savoir – faire acquis auprès d’une famille pionnière dans ce métier. Il avait accompagné d’autres forgerons et maréchaux au sein d’une grande famille et avait acquis ce métier qui nécessitait patience et connaissance des équidés et de leurs propriétaires avec la faculté de conseiller, de ferrer, d’entretenir des sabots atteints, de rassurer les propriétaires des animaux et d’effectuer une maintenance permanente.

       Une grande malle sans couvercle laissait entrevoir des outils entreposés pèle - mêle. A  côté, se trouvait une enclume d’acier, elle aussi froide, impersonnelle, massive, aigrie à force d’être fouettée par les nombreux coups de massue et marteau assénés sur sa surface  dure. A elle seule, elle est le seul témoin d’une génération, d’une ère à jamais révolue. Plus loin, le baquet remplie d’une eau noirâtre dans laquelle étaient trempés les fers brûlants. C’était l’atelier de Si Hassan C, dernier maréchal –ferrant en titre de la ville.

       Sanglé dans un tablier de cuir marqué par les brûlures, sali par les nombreuses marques de frottement, Si Hassan était très sollicité, les jours de marché. Que de fellahs venaient le voir ! L’un, pour serrer les fers, l’autre pour les changer carrément. Que de fers à chevaux, que de clous recourbés jonchaient le sol en terre et les abords immédiats de la forge qui du lieu dit « El fendak –le fandouke-«  avait élu domicile à Bab el Mdina(la Porte de la Ville en allant sur Sidi Amar  Porte sous forme de muraille de fer barrant toute la largeur sous la colline de Sidi Moussa jusqu’au côté de la colline au-dessus des lavoirs-« Essouaraje » où bassins d’eau disparus depuis…)

       A présent le fer à cheval orne les seuils de quelques maisons. Maniant le marteau avec adresse, le maréchal –ferrant était en train de ferrer un mulet que son apprenti s’évertuait à tenir avec force pour recevoir ses fers. L’animal pliait la patte, résistait, il n’était pas d’accord pour « chausser du neuf » et boudait contre les fers qui allaient lui être fixés. Ce n’était pas à son goût mais les hommes avaient décidé autrement et il le fallait.

        Devant le fandouk (lieu d’arrêt des mulets), il y avait animation et les gosses aimaient assister à pareil spectacle. Nous le revoyons à l’enclume, un calot sur la tête, tenant avec fierté le fer redressé, allant d’un coin à un autre, prenant les longs clous dans la bouche et se pencher sur les ânes en attente de recevoir les fers.  Plié sous le poitrail tremblant de la bête, l’artisan se mettait à l’œuvre et avec quel dévouement ! Il aimait son métier et on le voyait. Une fois ferré, le mulet était attaché à un piquet.  Un autre cheval, baudet ou jument allait passer à son tour.

      A présent la forge s’est éteinte. Comme appartenant à un passé révolu, l’artisan est resté porteur de  souvenirs, d’un métier exercé avec talent et amour, par un homme usant de bricolage, d’art et de savoir-faire.La machine, moto, voiture a peu à peu occupé l’espace et les équidés n’ont pas à portée de pieds, une adresse où se faire placer les fers, au même titre que celle qui avait, autrefois, pignon sur rue, à l’entrée de la ville.  Piètre époque riche en souvenirs qui s’éloigne en ce vingt et unième siècle ! Un métier qui disparaît, un pan de souvenirs qui s’efface ! La forge, un métier qui se meurt et qui peut être n’a jamais été connu de nos enfants.

 

     Avec ce texte, quelques éléments sont fournis aux jeunes pour qu’ils sachent que le maréchal –ferrant a bel et bien existé dans l’histoire locale. La forge et le forgeron faisaient bien partie du paysage ghazaoui  qui, à présent est peuplé de soudeurs, de tôliers, de ferronniers...D’autres métiers d’aujourd’hui, dont les prestations sont si nécessaires au quotidien pour fabriquer portails, citernes, barreaudages et autres objets en fer forgé et en tôle.

                                                                                                                          Par Khaled Sidhoum

 

 

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Commentaires (2)

1. yasmin 28/01/2008

wah tahia ghazaouet w nasha w allah yahfadhoum an challah

2. salam alaykom 13/02/2008

tchache racham mlah assaha ghaya

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