khayate a chbake LE REMAILLEUR DE FILETS -

Le remailleur de filets

Le petit port de pêche de Ghazaouet est désert. Un soleil de plomb darde ses rayons sur les eaux sales de la darse où tanguent quelques sardiniers et galions. Les pêcheurs sont rentrés chez eux, au petit matin, ils doivent à l’heure qu’il est, être plongés en plein sommeil réparateur avant de se réveiller pour sortir en mer, le crépuscule venu.

Par temps froid mordant la chair malgré le pull- over et le bleu de Chine marin, ou lors de journées ensoleillées, il est là, assis à même le sol sur les filets déroulés sur la dalle des quais. Pieds nus, un grand chapeau sur la tête, il recherche les petites et grandes déchirures faites par les poissons et répare les dégâts. Trois boîtes pleines de bobines de fil de couleurs différentes, d’aiguilles de divers modèles dont certains ressemblent à s’y méprendre, aux arêtes de poissons sont jetées à même le sol. D’autres aiguilles ressemblent à celles de la couturière Il est en train de raccommoder, de repriser les filets en serrant et resserrant les mailles des filets. C’est le remailleur. Il est en pleine activité devant ces filets qui sentent encore l’eau de mer et sont couvertes d’écailles, de petits poissons restés collés aux mailles bien après avoir été secoués par les pêcheurs.

Plusieurs mailles sont carrément refaites, d’autres consolidées. Une petite coupure reprisée par –ci, une grande par – là et l’œuvre de réparation se poursuit dans l’étendue des filets que le remailleur repère en passant en revue la pleine surface. Le travail avance. Ce remailleur est la plupart du temps un pêcheur à la retraite. Après avoir connu les innombrables sorties en mer, le voici à présent, occupant un autre poste où son savoir –faire et son habileté sont garantes d’un travail de maintenance assuré.

Après avoir été marin-pêcheur pendant vingt, trente ans et plus, le voici, les pieds sur terre ferme, assis, solitaire en train de repriser, dans un silence imposant d’un port de pêche qui s’est vidé, déserté depuis la fin de la matinée. Il ne se hasarde plus en mer mais reste un membre de l’équipage, reçoit au même titre que les marins à bord, sa part « el parti » et contribue à la bonne marche et aux préparatifs de la sortie en mer.

 Remailler, raccommoder, repiquer, repriser est plus qu’un travail que le remailleur « khayatte echebeche » sait faire adroitement et d’une façon artisanale. Pendant qu’il refait les mailles, son esprit s’évade et, dans le calme et la solitude, il pense à toutes ces années passées, la nuit, en mer, à ces prises en termes de quintaux de poissons ramenés au petit matin. A ces équipages dont certains ne sont plus de ce monde, à ces raïs, mousses et pêcheurs et patrons qu’il a côtoyés en quelques décennies. Il pense à l’évolution des canots, des barques, des treuils, des façons de pêcher qui ont évolué. Où sont-ils ces lamparos où le carbure (el carbile) était utilisé pour éclairer les bancs de poissons, ces lampes qui s’allument dans la nuit sous les yeux de ces pêcheurs aguerris ? Qu’est devenu le panier qui contenait le dîner du pêcheur « El pouinier del acha » ?

Il lui arrive d’imaginer le futur qui se traduirait pour lui par l’innovation et l’emploi d’une quelque machine automatique qui le seconderait dans ses gestes de raccommodage des mailles. Hélas ! Les filets de ce matin comptent plusieurs déchirures, longues, ils ont dû avoir affaire à des poissons aux dents longues ou ont touché quelques récifs des fonds marins.. Il a du pain sur la planche, notre remailleur. Tantôt il tire sur sa cigarette, tantôt, il tapote sa boîte ronde de chemma, tabac à priser Makla, et en tire une pincée de tabac qu’il place sous la langue. Parfois, des promeneurs s’arrêtent et il peut alors, échanger avec eux quelques propos tout en continuant ses gestes car le temps fuit et bientôt, avant le coucher du soleil, ses coéquipiers seront là, de retour , pour reprendre les filets et les remonter à bord des galions. Sa tâche est alors minutieuse mais rapide, il reste un élément important de l’équipage qui doit trouver le matériel de pêche en bon état, opérationnel pour une sortie en mer.

Ghazaouet a connu plusieurs remailleurs qui avaient la main et connaissaient leur métier. Plusieurs familles de marins ont connu parmi leurs pêcheurs, des remailleurs qui se distinguaient du lot. Certains ont su refiler le métier à des plus jeunes, assurant ainsi la transmission d’un héritage manuel et d’un savoir-faire qui date. Véritables bibliothèques dans le monde halieutique, ces remailleurs reprisent les filets mais sont, eux-mêmes, des mailles nécessaires à l’ensemble. Mûrs, gentils, ces hommes de mer qui savent manier l’aiguille et assurer une maintenance des filets sont à saluer.

C’est cet hommage que je souhaite leur rendre à tous, ceux qui sont partis vers l’Eternité et ceux qui continuent à refaire ces gestes de connaisseurs, à l’extérieur, sous tous les temps et avec la même adresse, la même patience et une expérience du travail de remailleur et de la vie qui mérite le respect .

Pour cela, je leur tire ma révérence, à tous, quel que soit leur âge et à travers les âges et époques qui ont vu les filets s’alourdir, décupler de volume, et le geste se perpétuer au service de la vie halieutique locale .Vie qui marque si bien le paysage ghazaoui et reste l’un de ses fers de lance économiques, un flambant qui comme un phare rayonne sur toute une région.

                                                                                                                       Par khaled sidhoum

 

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Commentaires (4)

1. saida 08/11/2007

bon courage pour ce metier un peu difficil

2. fethi hmidouche 30/05/2008

salam alykoum merci a ceux qui ont creer ce site bon courage aux marins pecheurs la peche c un metier du souffrance mais c comme ca la vie un bonjour a tous les gens du ghazaouet a ma famille hamzaoui du sables mes freres lotfi a hafid et mon pere rais hmidouche a bientot

4. Ange Paul Costanzo 25/02/2012

Là ! Tout près de moi, posée sur le marbre de la cheminée la photo de mon grand père aux pieds nus le regard un peu masqué par l'incontournable casquette de marin semble veiller sur mon exil tout en raccommodant son filet !
Il était ! Nous étions de Nemours la mémoire d'un Nemours que nous ne verrons jamais disparaitre ! C'est la seule consolation de l'exilé !

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